Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce que c'est ?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer ;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille.
Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi
Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,
A baiser (de Pluton ou la femme ou l'amie),
N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?
En vivant presse-moi de tes lèvres de roses,
Bégaye, en me baisant, à lèvres demi-closes
Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.
Marie, vous avez de vos lentes oeillades
Gâté de mes deux yeux les lumières malades,
Et si nous chaut point mal que vous m'avez fait,
Ou guérissez mes yeux, ou confessez l'offense ;
Si vous la confessez, je serai satisfait,
Me donnant un baiser pour toute récompence.
La nuit, on entendait leurs chants ; dans la journée,
Leur sommeil : tant leur âme était abandonnée
Aux caprices divins du désir ! Leur repas
Etaient rares, distraits ; ils ne les voyaient pas.
Alors commença l'intimité enfantine et charmante des niaiseries d'amour, des petits mots bêtes et délicieux, le baptême avec des noms mignards de tous les détours et contours et replis de leur corps où se plaisaient leur bouches.
Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,
Renaîtront-ils d'un gouffre interdit à nos sondes,
Comme montent au ciel les soleils rajeunis
Après s'être lavés au fond des mers profondes ?
- Ô serments ! Ô parfums ! Ô baisers infinis !
Les parfums de la chair et des cheveux flottants
S'éparpillent dans l'air brûlant, et comme au temps
De Caprée, où Tibère épouvantait les nues,
Entrelaçant leurs corps impudiques et beaux,
Sur les rouges tapis cinquante femmes nues
Dansent effrontément, aux clartés des flambeaux.
Tous ces couples maudits, affolés de désir,
Après l'atroce attente (ô la pire des fièvres)
Dévorent avec rage un lambeau de plaisir
Que le moindre hasard dispute au feu des lèvres ;
Car tous ont attendu de longs jours, de longs mois,
Pour ne faire, un instant, qu'une chair et qu'une âme,
Au milieu des terreurs, sous l'oeil fixe des lois,
Dans un baiser qui pleure et cependant infâme.