Et toutes deux, avec des langueurs d'asphodèles,
Tandis qu'au ciel montait la lune molle et ronde,
savouraient à longs traits l'émotion profonde
Du soir et le bonheur triste des coeurs fidèles.
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique...
Oh, si vous m'aimiez comme je vous aime, de quelle félicité nous jouirions ! Quelle certitude nous aurions l'un et l'autre dans la vie ! [...] Si en vous éveillant vous pensiez avec plaisir à ce sentiment qui vous entoure [...] combien votre vie serait plus belle et plus forte ! Combien ce vague qui vous tourmente deviendrait du bonheur !