Jamais je ne t'ai vue aussi belle et aussi jolie à la fois que tu l'étais hier au soir. J'aurais donné ma vie pour te presser dans mes bras. Dis, était-ce donc ton amour pour moi qui t'embellissait ? Etait-ce la passion dont je brûle pour toi, qui te rendait à mes yeux si séduisante ?
François René de Chateaubriand ( Lettre à la Comtesse de Castellane )
Enfin, comme le dernier coup de dix heures retentissait encore, il étendit la main et prit celle de madame Rênal, qui la retira aussitôt. Julien, sans trop savoir ce qu'il faisait, la saisit de nouveau. Quoique bien ému lui-même, il fut frappé de la froideur glaciale de la main qu'il prenait ; il la serrait avec une force convulsive ; on fit un dernier effort pour lui ôter, mais enfin cette main lui resta.
Elle était charmante ainsi, et dans son regard fuyant mille choses m'apparurent, mille choses ignorées jusqu'ici. J'y vis des profondeurs inconnues, tout le charme des tendresses, toute la poésie que nous rêvons, tout le bonheur que nous cherchons sans fin. Et j'avais un désir fou d'ouvrir les bras, de l'emporter quelque part pour lui murmurer à l'oreille la suave musique des paroles d'amour.
Ce fut avec cette candeur naïve ou sublime, qu'elle me livra sa personne et ses charmes, et qu'elle augmenta mon bonheur en le partageant. L'ivresse fut complète et réciproque ; et, pour la première fois, la mienne survécut au plaisir. Je ne sortis de ses bras que pour tomber à ses genoux, pour lui jurer un amour éternel ; et, il faut tout avouer, je pensais ce que je disais.
Pierre Choderlos de Laclos ( Les Liaisons Dangereuses )
Si jamais vous n'avez senti que d'une femme
Le regard dans votre âme allumait une autre âme,
Que vous étiez charmé, qu'un ciel s'était ouvert,
Et que pour cette enfant, qui de vos pleurs se joue,
Il vous serait bien doux, d'expirer sur la roue ;
Vous n'avez point aimé, vous n'avez point souffert !
L'amour, croyait-elle, devait arriver tout à coup, avec de grands éclats et des fulgurations, ouragan des cieux qui tombe sur la vie, la bouleverse, arrache les volontés comme des feuilles et emporte à l'âbime le coeur entier.
Il y a douze heures, nous étions encore ensemble ; hier, à cette heure-ci, je tenais dans mes bras... t'en souviens-tu ? ... [...] N'importe, ne songeons ni à l'avenir, ni à nous, ni à rien. Penser, c'est le moyen de souffrir. Laissons-nous aller au vent de notre coeur tant qu'il enflera le voile ; qu'il nous pousse comme il lui plaira, et quant aux écueils... ma foi tant pis ! nous verrons.